30.10.2010
Les moutons noirs d’antan ont beau prendre un visage humain sur de récentes affiches, l’initiative sur le renvoi reste totalement inhumaine. Songez plutôt : ce texte permettrait, par exemple, d’expulser un père de famille vivant en Suisse depuis trente ans pour avoir oublié de déclarer 100 francs à l’aide sociale ! Et, en même temps que lui, sa femme et ses enfants sans autorisation de séjour indépendante. Cette initiative est, au mieux, de la poudre aux yeux et, au pire, de la poudre à canon. De la poudre aux yeux, en ce sens qu’elle ne sert à rien. Elle est, en effet, largement inapplicable : selon Eveline Widmer-Schlumpf, une partie des renvois qu’elle prévoit ne pourront simplement pas être exécutés, car ils violent le principe de non-refoulement. Les personnes d’origine européenne ne pourront pas non plus être expulsées, pour cause de libre circulation.Cette initiativeet son contre-projet sont d’autant plus inutiles qu’il est déjà possible, en vertu de la Loi sur les étrangers, de renvoyer des criminels, de révoquer ou de ne pas prolonger des autorisations de séjour et de prononcer des interdictions d’entrée. Plus grave, cette initiative est aussi de la poudre à canon, parce qu’elle attaque les fondements de l’ordre juridique suisse et international en posant le principe de discrimination. Selon ce texte et son contre-projet, les criminels migrants devraient subir un traitement différent des criminels helvétiques et être frappés d’une double peine : la prison et l’expulsion. Or, qu’il vienne de Lugano ou de Bamako, un violeur est un violeur : à même infraction et même situation doit correspondre une même sanction ! Loin de l’angélisme dont on accuse souvent la gauche, les auteurs de délits doivent être punis selon le Code pénal, et la prévention de ces délits renforcée par des mesures d’intégration. Lesquelles mesures doivent aussi s’appliquer aux Suisses car, quel que soit son « passeport », l’infraction signe toujours un manque d’intégration. Cette initiative, qui stigmatise aussi les « abuseurs » des assurances sociales, ne se contente pas d’établir elle-même un lien abusif entre « étrangers » et « criminels ». En répandant comme une traînée de poudre la méfiance, la délation et la xénophobie, l’initiative et son contre-projet minent la cohésion sociale entre cultures diverses qui fait la Suisse. Que devient notre tradition d’accueil, notre ouverture à l’autre –ou ce qu’il en reste-? La Suisse fera-t-elle à nouveau parler d’elle pour son repli égoïste ? Puisque l’on parle de renvois, cette menace implique de renvoyer ces textes à leurs expéditeurs. Ces deux textes, qui sont, sur le fond, tous deux nocifs : à double canon, double non !
Maria Roth-Bernasconi, présidente de l`UPA conseillère nationale, co-présidente des Femmes socialistes suisses
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